mercredi 18 octobre 2006

ROBERT LE DIABLE

PROLOGUE
Cour d’un château et dépendances. Les gens entrent. Le spectacle n’est pas commencé mais les comédiens sont sur scène et parmi le peuple, qui à réciter des poésies; l’autre à avouer sa flamme à sa dame, en chantant si possible. Qui, représentant les “vilains”, à nettoyer, à porter des cabas. Une mini vie quotidienne au moyen-âge. Il y en a même d’assez hardis pour apostropher les spectateurs entrant, avec des phrases du genre: -«Vous avez acquitté votre écot? Oui! Mais avez-vous payé en monnaie de singe?» On invite les gens, en famille, à payer en ainsi dite monnaie, c’est-à-dire en grimaçant.
Les soldats, les figurants, forment un cordon de protection tout le long du château.


POEME D’AMOUR COURTOIS OU PARLE: exemples.

Pourquoi mon mari me bat-il,
Pauvrette?

Je ne lui ai fait aucun mal
je ne lui ai rien dit de mal,
Je n’ai fait qu’embrasser mon ami,
Seulette.
Pourquoi mon mari me bat-il,
Pauvrette?

S’il ne me laisse pas continuer
Ni mener joyeuse vie,
Je le ferai reconnaître cocu
Sans nul doute.
Pourquoi mon mari me bat-il,
Pauvrette?

Oui, je sais bien ce que je vais faire
Et comment j’en tirerai vengeance:
J’irai me coucher avec mon ami,
Toute nue.
Pourquoi mon mari me bat-il,
Pauvrette?

*
Souverain Seigneur de Tirelire,
Dit la belle Nicole,
Vos sujets me prennent donc pour folle:
Quand mon doux ami me serre dans ses bras
Et qu’il sent contre lui la douceur de mon corps,
J’éprouve alors un tel bonheur
Que ni danse, farandole, ou ronde,
Ni harpe, violon, ou viole,
Ni le plaisir du jeu des dames
Ne conserveraient à mes yeux la moindre valeur।

ACTE1

SÉQUENCE 1

Soit, le prologue décide lui-même de s’achever en faisant quitter le parterre aux comédiens pour laisser place au silence, au vide, quelques instants; et le HIRAUZ au bout d’un moment apparaît, son bâton à la main: (un clairon l’annonce?). Soit, le dit HIRAUZ interromps les acteurs du Prologue par son arrivée: quoi voyant, ceux-ci s’en retournent coulisses en jetant quelque peu leur rire à la face du nouvel arrivant.

LE HIRAUZ
Écoutez à présent, grands et petits. C’est du Duc de Normandie dont je dois vous parler.
UNE VIELLE FEMME
(à la fenêtre du château)
Le Duc de Normandie!
LE HIRAUZ
Ouais!
LA VIEILLE FEMME
(Elle jette un sceau d’eau sur LE HIRAUZ)
Pouah!
LE HIRAUZ
(Engueule la femme)
C’était un homme de bien, de haut lignage, avec de nombreux vassaux.
LA VIEILLE FEMME
Mais qui ne connaît pas le déshonneur d’avoir une femme stérile!
UN DE LA POPULACE
Tout le pays en est ulcéré!
DES DE LA POPULACE
(Passant leur tête de par partout les fentes, pardon! les meurtrières du château)
• Même mon champs de carottes ne donne plus vaille qui pousse. 1
LE HIRAUZ
(Émet des commentaire à part lui dans les énumérations qui suivent: les numéros correspondent à l’endroit où sont enserrés ces commentaires)
1= Ah bon!/ 2= Je sais pas/ 3= Comment/ 4= Quoi?/ 5= Ca c’est normal.
DES DE LA POPULACE: PÊLE MÊLE
• Trois jours que j’mâche du pain durcit comme la pierre!
• Il y a plus de discipline: les vilains bougres sont rois!
(Une mère donnant sa gifle à l’enfant)
• Va pas tant au lac, là, autour du castel: les algues s’accrochent aux genoux, croyant qu’on va les satisfaire!
• Et qui que c’est qui va réparer ma pompe à eau? 2
• Moi, c’est mon puits qui décharge plus.
• Les rats vident les greniers.
• Les greniers sont avides de rats.
• Les chemins sont gravés de cratères remplis de cailloux!
• La roue du temps tourne; mais celle de mon moulin, pas!
• Et tes poules? Et tes canards? Ca leur sert plus de se popotiner du curucucul! 3
• Ahi! c’est plus ma femme, là: c’est ma belle mère qui apparaît dans le cerceau de la lune! 4
• J’allais tout le temps la langue ouverte à la pluie, tellement ça sentait bon l’hydromel; … Elle nous troue, à c’t’heure, l’eau des cieux!
• Au secours!… Nos poissons pleurent au fur et à mesure qu’on les pêche! 5

• Il ne restera bientôt plus que la guerre pour oublier ce malheur!
LA VIEILLE FEMME
Quand on n’est pas capable d’épouser une duchesse qui vous accouche d’un beau bébé tout frais; soit on la répudie, on change de fesse, soit on la tue!
LE HIRAUZ
Mais…
DEUX DE LA POPULACE
L’a-t-il déjà approchée, au moins, sa Sainte moitié!?!
-Sa moitié fesse?
LE HIRAUZ
Il l’aime, c’est suffisant. Si l’on devait mesurer le degré d’amour au nombre d’enfant qu’on fait! où irions-nous? Chaque baiser vient pour lui du plus profond de ses veinules. Toutes les nuits, à sa belle, moult paquets, sur tout le corps, lui en sont éparpillés. Comme ceci… (il embrasse l’air)
LA VIEILLE FEMME
Oui, mais pas où il faut!
LE HIRAUZ
Des milliards d’enfantinets auraient pu en naître; et d’ailleurs, ils en naissent! Par tous les pores! par tous les trous! Regardez: Le ciel se déboutonne, pour les laisser passer! A travers deux cumulus.
UN DE LA POPULACE
Deux cumulus?(cul moulus) Le cochon!
LE HIRAUZ
Tels d’innombrables et chastes cupidons attirés par les remugles libidineux de la terre vilaine, leurs généreuses flèches ensemencées d’amour sous leur carquois de plumes, les voilà, nos petits archers de Normandie… Jusqu’à nous volcanisés. Et en catimini. (En effet, on voit des soldats des fin fonds se venir; ils ont quelque chose des enfantinets supposés du Duc.) Ils sont ivres de l’avidité de séduire! Coeurs fertiles: approchez! Jeunes filles, ne t’effraie! Ne te tremble! Ni ne montre peur mouillée!… Les plus beaux poupards de la terre! Mirez! Venez voir! Ils sont si forts, si doux. Leur caressez le duvet; tâtez… vite, humez: il ne s’en font pas pour tous les goûts! Les tenez-vous? Os par os?
(Voilà les soldats défiler devant lui, un par un)
•Le premier, Jehan de Courbeciel, il se découvre! c’est une réussite, applaudissez! pieds court, oeil multiforme, antérieur droit élancé, antérieur gauche racé, jambonneau de première qualité: il n’a pas son pareil pour jouer à la "marerelle". (Le soldat exécute des pas de danse) Voyez comme il use de ses lèvres pour se faire l’organe des plus beaux vers courtois de la contrée. Comme il s’aggrippe au flanc altier de son cheval pour gagner en trois trots les dix milles milles qui le séparent de sa Dame. Gentes Donzelle: souriez! (chanson) “saute, saute, amour saute: le bonheur est dans tes bas” . •Trop long. (Le Hirauz le pousse hors du champs)
•Le second, Galehaut de Hurlevent. Un dos solide. Une main ferme. Des poils drus. C’est un petit chevalier au casque de fer brutal; l’oeil massif du fier guerrier: sous son sourire féal, une texture cent pur sang chevaleresque!
•Thierry de Junehaut. Un coq. Le plus frondeur, le plus droit, le plus beau, le plus adroit, le plus chaud, le plus ferrailleur!… Aux armes! En ordre de bataille, là, au centre de sa poitrine, s’élève, comme un cri d’amour, son épée victorieuse. Elle s’avance, la maudite! Des morceaux d’ennemis plaintifs, piqués au sol, juchent sur sa pointe. Tâtez de nouveau, mesdames et oiselles! Sentez l’estoc faire mouche sus au malotru!
•Vous avez un mari infidèle: Gontran de Sébastopol… Avec lui, vous pouvez butiner à votre aise, mesdames. Nul plus que ce bon apôtre saura vous consoler d’un mari superflu, qui néglige son bercail!
• Pour les dames aux seins fragiles, à l’oeil triste et aux pieds fatigués… nous avons le Chevalier Alphonse Braillard-Marcel-Marsile-Martial-Marcelin-Gemaricel-Maximilien de Gobelièvre: plastron blanc éclatant de vapeur, ramage bon Chrétien typique cornemuse, sang mélodieux vif et clair; ses hanches huileuses feront coussinet de votre corps, mesdames. Sa bouche royale allumera une couronne dans vos yeux, et, de son poitrail gourmand, dormiront 1000 jolies petites mamelles délicieuses!
•Godefroid de Sègue Herse! (“Sans commentaire”= le dit cet italique!)
•Ci vit sa cuirasse, son heaume, son bliaut… Astucieux à la chasse, prompt à l’entretient, capable de résister à tout effort prolongé et sur terrains variés, bien en selle… voici Peppine de la Capotonde: tout entier taillé pour l’amour!… (Puis voyant qu’il n’a que les guenilles du susnommé) Taillé pour l’amour en pièces détachées!
•Engelier de Chernuble! Le chantre de ces dames: “Je suis doué de tant de qualité qu’il n’y a place en moi pour aucun Défaut”!
•Olivier de Corsablix! (Des siamois) “Parents, Nous serons courageux fils; et vous protégeront aussi bien de la famine que de la Sainte vermine”., dit aussi celui ci-devant Siméon Pierre Irénée Olivier de Corsablix de La Sartellerie! Un preux chevalier à sa Madame, assurément.
•et moi, mon bouclier” dit encore cet autre ci, je cite:
Alcune femme, qu’entrée en l’arme, ne fisse auberge.
Sous ce fer, plein de vacarme, veille ma verge.”
Vous pouvez y aller de vos corbeilles de fleurs… jetez lui votre violette, Madame. Votre orchidée! Et vous votre beau Narcisse! Encore votre trèfle bleu, donzelle!…. Votre Amaryllis! Votre Anémone! … car Florant à la Doulce calse est si bien proportionné en matière de mamours...
(LE HIRAUZ s’en va, brusquement gêné par l’arrivée de la Duchesse.)


SÉQUENCE 2

LA DUCHESSE
(se présente en habits pieux: est-ce l’image de la vierge? Elle est accompagnée de deux des plus répugnantes sorcières . Un chaudron.)
Mon Dieu! Pourquoi avez-vous jeté votre haine sur moi? Vous semblez si heureux, là haut, de me refuser un digne héritier, un petit, un fils. Vous accordez facilement un enfant à une pauvre femme sans ressources, et laide à mourir, et moi qui possède, Seigneur, tant de richesse, je ne puis en avoir un! Pourquoi me méprisez-vous? A quoi me sert cette atroce beauté que je porte sur le visage? Peut-être Seigneur, votre pouvoir n’existe pas qui peut me rendre heureuse à tout jamais? Ce n’est pas vrai qu’on vous dit si puissant! Les cieux, les astres et cette terre injuste, vous ne les créâtes que pour nous mieux faire souffrir. Pensez-vous que je vous crois lorsque l’orage se déchaîne?… Est-ce vous qui semblez apparaître lorsque surgit l’éclair? Vous avez fait de mon ventre un tombeau où tous les enfants que vous avez enterrés vifs meurent, bien avant que de naître!
(Les sorcières portent une croix et simulent parodiquement le Christ souffrant; aux sorcières)
Indiquez moi le chemin du bonheur!
SORCIERE 1
Il passe par un reniement à sa cause.
SORCIERE 2
Mais un enfant ne demande-t-il pas la plus terrible des choses?
LA DUCHESSE
Où sont les montagnes dont les cimes supportent ton trône gigantesque? Et Les oiseaux que tu nourris?
SORCIERE 1 et 2
Saignons-en un exprès entre nos membres.
LA DUCHESSE
Comment un battement de paupière venant de ton invisible face pourrait-il effacer la douleur qui crie quand je porte un oeil sur ma couche? L’empreinte des pas dans la neige s’évanouit aux rayons du soleil, mais ta lumière n’éteindra point la colère qui suppure et fracture ma chair… Tu n’es pas à l’abri du fouet de ma langue, Dieu cruel, rassure -toi, sinon une seule de tes pensées se serait déjà servie de ma faiblesse et me jeter en obscurité. Ah si tu pouvais peser ma peine, Seigneur; mettre sur une balance, grain par grain, tout mon chagrin!… Mais c’est plus lourd que le sable des mers! Que n’envoies-tu tes vents mauvais, alors ton tonnerre, tes trombes d’eau, pour nous châtier, puisque tu les préfères au sourire du bambinochon nouveau-né? Sire Dieu, tu es injuste, si tu avais un visage, j’arracherais ta langue pour l’empêcher de parler à mon coeur. Maintenant je sais, quand un enfant pleure: c’est toi! C’est ta volonté même qu’ils accomplissent, les hommes, lorsqu’ils s’entretuent; car avons-nous demandé jamais de naître tel un mensonge, la haine au bout des yeux?

(Au fil du discours, une des sorcière ici bas ira jusqu’à l’enfoncement de la croix dans les profondeurs de son anatomie: de fait, la croix en ressortira diabolique. Par conséquent, l’une des faces de la croix donne un christ souffrant, tandis que l’autre manifeste l’Anté-Christ; on peut même apercevoir, sculptée, une langue fourchue qui dépasse.)
Préparez les crapauds à saigner!
SORCIERES
-Les crapauds, diavolum nostrum. Ceux de la plus vilaine figure.
LA DUCHESSE
Et les grenouilles. Le bénitier.
SORCIERES
Et les grenouilles! Le bénitier!
SORCIERE 1
Les grenouilles! trempées dans le bénitier!
(On met une grenouille dans le bénitier; ou est-ce une sorcière qui fait la grenouille?)
LA DUCHESSE
Noble Soeur à l’haleine vicieuse, Celui que tu sers désire t-il s’approprier mes lèvres? Confisquer ma semence et la porter en bouche? Ou ne désire-t-il rien autre chose que porter caresse à mon ventre? Mon corps lui suffit-il, qu’il lui faut le bienheureux abandon de ce qui se n’ose en moi nommer plus…
SORCIERES 1 ET 2
Belzébuth, roi des mouches et des mochetés, empereur saligotant, souverain de l’incommensurable merde, représentant de la débauche sublime et de tout ce qui se fait d’ignoble en ce gras monde heureux d’être pourris, soutiens-là dans l’adversité! Empêche que son âme ne devienne la proie de la lumière divine, assèche ses pleurs mauvais, fais-lui cracher l’espoir d’un Dieu serein, omniscient et miséricordieux, attache le crime au partir de ses lèvres, brise les amours non bestiaux, accorde le poignard et la lance avec pour cible la poitrine, sème la faim dans les cachots. … Que les plus vilaines paroles soient un émerveillement pour ta face! L’homme est un bétail qui prend racine dans le coeur des sots. Récitons:
SORCIERES 1 ET 2 ET DUCHESSE
Seigneur, faites de moi un instrument de votre haine!
Là où il y a le pardon que je mette l’offense
Là où il y a l’union que je mette la discorde.
Là où il y a la vérité que je mette l’erreur.
Là où il y a l’espérance que je mette le désespoir.
Là où il y a la lumière que je mette les ténèbres.
Là où il y a la joie que je mette la tristesse.

Oh maître des enfers, je ne cherche pas tant
à être morte qu’à tuer
à être trompée qu’à tromper
à me prostituer qu’à prostituer
SORCIERE 1
(Elles s’adressent à la Duchesse de manière catéchétique)
Méditons. (OH!)Au puits noir, trou sans fond…
SORCIERE 2
Et plein d’ordures…
SORCIERE 1
y as- tu songé?
LA DUCHESSE
Avec orgueil. Ma Soeur bouse lavera et sa jumelle la fécale mêmement.
SORCIERE 1
Aux perpétuels tourments?
SORCIERE 2
Au noir soif? Au froid?
SORCIERE 1
Y consens-tu?
LA DUCHESSE
Je suis prête. Dès cet instant fleur de mon âge desséchera; mon coquillage mêmement.
SORCIERE 1
Aux injures violentes…
SORCIERE 2
Et maléfiques…
SORCIERE 1
Toujours vous suppliciant…
SORCIERE 2
Vous flagellant…
SORCIERE 1
Pour vous souiller?…
SORCIERE 2
Consentez?
SORCIERE 1
Confirmez?
LA DUCHESSE
Avec reconnaissance. Cordon de puanteur autour des lèvres formera et chaîne strangulant siphon de gorge mêmement.
SORCIERES 1 ET 2
(Ici , elles infusent dans le chaudron les ingrédients Sabbatiques)
Feuille de salamandre, pipi spectorachique de chat, paire d’yeux arrachés à un aveugle, décoction de raclures de protozoaire, etc...
LA DUCHESSE
Vos paroles sont-elles cuites?
SORCIERES 1 ET 2
Oui, nous les avons pleines de suies et d’épices.

PENDANT LES INVOCATIONS CI DESSUS:
LA DUCHESSE va embrasser, en courant, l’ombre noire sur le seuil du château. Les sorcières continuent un moment. Fort court. Elle revient, l’ombre ayant disparu, en courant, mais au milieu du parcours elle tombe. Se relève. S’épuise. Les premières douleurs de l’enfantement. Dès qu’elle chute, les sorcières se retournent, stoppent leurs incantations. Un large sourire naît du plus profond de leur bouche.

SORCIERES 1 ET 2
(à elles-mêmes, parodiant l’initiation ci-haut)
-Alors? A la joue jaune, à la queue chaude, au remue ventre, y adhérez? : - Tourbillon de feu sans cesse consumera et Nos deux fesses mêmement.
(Au public, voyant gémir la Duchesse)
-Chut! Laissez-là s’éprouter…
-Elle travaille à sa marmaille…
-à coups de triques!
-Ca laboure!
-On dirait que l’univers entier se ramasse à gros goulot dans sa matrice!
-Gardons qu’une trop grande agitation ne lui fasse perdre son “bénéfils” avant le terme.
La Duchesse s’est dirigée péniblement vers le chaudron; et dès qu’elle l’atteint ,un hurlement s’échappe de sa bouche. Les sorcières sortent।

SÉQUENCE 3


Cri d’accouchée. De la duchesse. Les sorcières l’ont parodiée : de leur bouche sortent bave, vipères, etc... puis la quittent, la laissent seule. Concerts de cris. Elle souffre.
Silence. Des de la populace, après un regard éventuel à l’accouchée, clouent sur la porte une chouette. Pour conjurer le sort. Les femmes rentrent leurs petits, les fermières leurs poulets, les oiseaux rentrent au nid. Un poulet court, on le rattrape et le fait rentrer.


LA SAGE FEMME
(Qui est le Hirauz, le Narrateur de cette histoire , déguisé.)
(Au public) Bonjour. Je suis la sage-femme. On m’a dit qu’il y avait une parturiente. Je viens on voir pour la délivrer de ce qui l’encaque. (A un de la Populace) -Que vous a donc fait cette porte, que vous me la martyrisiez ainsi avec des clous? Me enlevez subito le hibou! (Au public) -Je suis la sage femme. J’ai 7 enfants: trois en bas âge et 4 en haut. On m’a dit qu’il y avait une femme prête à transformer ses douleurs de ventre en un noble et bel enfant. (A un de la Populace transportant un ballot de foin) -Et vous, Beau doux sire, vous faites rebrousser chemin à votre avoine? Et que dira votre cheval? Refointassez! C’est point saison! (Elle le remballe. A part) - Pourtant, le ciel s’habille de rouge!… Mais que croyez vous que c’est? La fin de tous les crépuscules? Que non pas! (au public) -Mon mari est fagotier. Et moi, Dame de Métier. (A un de la Populace faisant rouler un chariot; à moins qu’il ne tienne au bout de son bras, un panier.) -Et vous, que transportez? Plus de mille oeufs presqu’éclots ? Pourquoi les rentrez-vous? Vous les voulez voler? Donnez ça! (Elle les lui souffle au nez) Que ne les laissez au milieu de la cour sous les yeux chauds des cieux, comme il se doit; afin qu’ils s’excoquillassent, pétassent et poussinassent2 ? (à part) Si ce ciel semble chaud, le combat sera rude! Non! je ne veux! j’ai dit! Je te le recombine: décrispez-vous, ciel, vous allez être en asphyxie!…
DES DE LA POPULACE
( Jeu de scène, en même temps que la Réplique suivante de la sage femme)
-Les mamans rentrent leurs petits. (Comme à des poulets) Petits!... Petits!....
-Les fermières leurs poulets transis.(Comme à des enfants) Francis!… Francis...
-Les oiseaux, leur nid! ( Comme à des cuis cuis) Leurnid!…
Leurnid…
LA SAGE FEMME
(au public)
Je suis la sage femme. Mon mari fait des fagots. Pendant qu’il porte des bûches, j’allaite mes rejetons; ils savent ce que c’est de bien beaux forts tétons. Je les nourris avec du lait breton. Je suis aussi une femme qui sait coudre les boutons. Et couper les cordons. Quel est la gémissante? (Elle s’approche de la Duchesse) Sans défense, ces mains, en vérité, Madame. Faites-moi taire cela! Comment? Une duchesse? (Parle pour l’autre, avec mélancolie. Cette dernière, synchronise la bouche ouverte, mais sans articuler mots) -Je suis Duchesse. Mais que m’importe. Nous sommes toutes mêmes en ce moment!… dit-elle, en pensant fermement. (Elle est en train de l’assister dans son accouchement; d’une manière assez excentrique, il faut le dire) -Mais la douleur te trouble, pauvre mère. Que faire pour vous la lui faire passer? J’en connais le remède. Mais d’abord, qu’elle presse, vite! Poussez Madame! … (vivement ) Le mari!… (Il arrive) Ah, pourquoi le chercher! Puisqu’il vient de sitôt, le mari! Votre mari, Madame! (Elle se tourne vers le Duc, bouleversé; au public) C’est un prud’homme, (Comme presqu’à la Duchesse), il n’a pas voulu sortir de votre coeur pour tout l’or du monde, quand bien même votre honte d’être grosse vous fit daigner ne le plus recevoir. (Au public) Je suis la sage femme. Je lui ai donné les premiers soins. L’enfant ne veut encore pas sortir. Mais le mari saignera l’affaire3 . Souffrez que je m’éloigne. (Elle sort.)
LE DUC DE NORMANDIE
Acceptez, mie chère, que je "comparoisse" devant que de vous, en cette extrémité où je vous sens; mais qui n’est pourtant que même, la consécration de tous les fruits que nous n’eussions pu boire ensemble qu’au partir de ce jourd’hui. Mon coeur de chêne tant vous aime, Madame. Ne vous le puis-je jamais le répéter assez? Laissez mon souffle refroidir ce front bouillant, mie mienne, et dissiper du même coups les nuages moirés de votre tristesse. Vos lèvres ont besoin d’être attendries par la bouche minutieuse que je vous tends; car je m’interdirais troubler jamais le moindre de vos cils si je savais qu’au plus profond de vous même, je ne vous étais une nouvelle fois précieusement prédestiné. Dites si me trompé-je à penser si doux!
LA DUCHESSE
Oh mon époux! Votre présence rend moins pénible les douleurs de mon ventre!4 .
LE DUC DE NORMANDIE
Ouf!5 Je viens tout couvert de bonheur vous aider à mettre au monde, Madame. (A la cantonnade) Faites battre les tambours! Amenez les violes, les cors, les galoubets, les fifrelus. Décrochez les pendus! Donnez-leur à jouer de l’épinette. Préparez le gibier, les ballerines, les cavaliers, les vierges Saintes… que se dansent pastourelles et rondeaux! Nous allons enfin mourir, sans attendre dans la crainte nos vieux jours finissant. Le gazouillis du Rossignol, toutes les matines, me l’a chanté au bout de son bec.
(Des têtes sortent, ahuries, d’abord; moqueuses, ensuite.)
LA DUCHESSE
Ami, en dépit de l’affliction où vous me voyez de plus en plus enfoncée, vos paroles à l’élévation sincère, poussent à me mieux agir en conformité avec ce que nature incombe6 .
LE DUC DE NORMANDIE
J’ai l’impression d’habiter de nouveau votre ventre…
LA DUCHESSE
Ce m’est une joie….
LE DUC DE NORMANDIE
De sentir la mer déferler sur ma peau…
LA DUCHESSE
Ce m’est une paix…
LE DUC DE NORMANDIE
De courir au devant de votre tristesse…
LA DUCHESSE
Ce m’est un bonheur.
LE DUC DE NORMANDIE
Un lac d’eau suinte au travers de votre robe. Souhaitez-vous que je vous essuie?
DES DE LA POPULACE
LA VIEILLE FEMME
(Menant les sarcasmes)

-Que fait-il?
- Il distrait l’accouchée!
-S’il savait usiner de l’épée comme il magne des mots, notre empire n’irait pas à vau-l'eau!
LA DUCHESSE
(À son mari, le regardant faire)
C’est que vous épongez mes songes en pratiquant de la sorte. Et ils ont l’odeur forte du terroir… où les monstres sont rois, où les défunts viennent étrangler leur victime, où les esprits habitent des châteaux sombres…
LE DUC DE NORMANDIE
Nous avons préoccupation d’amour, mie chère, laissons-nous guider par les astres.
LA DUCHESSE
Je suis ici à attendre la nuit. Qui ne veut pas nous donner ses étoiles.
LE DUC DE NORMANDIE
Faisons confiance à l’influence invisible de Jupiter.
LA DUCHESSE
Tout nous quitte. Ah quoi bon s’enthousiasmer!
LE DUC DE NORMANDIE
C’est de sa cuisse que sortira l’extraordinaire puissance conférée au foetus afin que celui-ci puisse se mouvoir, sans accrocs matriciels, jusqu’à son terme. La lune, par son humidité, remplira tout le vide de la chair embryonnaire. Par elle, naît le sang. Mars, nous le forgera guerrier. Sa chaleur combative, vitale pour le port de tête, séparera le cou des bras, les bras des côtes, les côtes des jambes, et les jambes entre elles.
Du sein de l’astre Vénusien, à son tour, s’annonce une longue lignée: développement de l’oreille, surgissement du prépuce, palatalisation de la langue. En Mercure, s’insinue la joie et le plaisir. Cils; sourcils s’hérissent. L’organe du coeur, l’organe de la voix sonnaillent, à présent, sous votre peau pressée de rendre. De Saturne enfin, l’intelligence du Verbe. Là, je laisse la conscience commencer d’émerger, malgré nous.
LA DUCHESSE
(S’inquiétant)
Et nos valets? Toute notre suite?
LE DUC DE NORMANDIE
( Il regarde autour de lui, semblant sorti du bavardage. Un silence. )

LA DUCHESSE
(De plus en plus souffreteuse)
Une femme est enceinte! Qui sait de quoi elle accouchera à l’aube! (Un silence) Les instruments ne jouent pas. (Un temps) Devons-nous être seuls à partager cette naissance illustre? (Silence) Dois-je mettre au monde ainsi que la plus vile des créatures?
LE DUC DE NORMANDIE
Je suis là, ma mie. (Un temps) Cela sera plaisant lorsque vous arriverez à votre terme.
LA DUCHESSE
Pourquoi plaisant? Les oiseaux ne chantent plus, déjà… Entendez-vous?
LE DUC DE NORMANDIE
Ils vous vénèrent en silence. (Silence)
LA DUCHESSE
Ils se réservent?
LE DUC DE NORMANDIE
Ils sont avec nous, ma mie. (Silence)
LA DUCHESSE
Sur leur branche?
LE DUC DE NORMANDIE
Oui. (Silence)
LA DUCHESSE
Oui?
LE DUC DE NORMANDIE
Oui. (Silence)
LA DUCHESSE
La plus chaude ?
LE DUC DE NORMANDIE
La plus bleutée. (Un temps) Prêts à bondir!
LA DUCHESSE
Ah!
LE DUC DE NORMANDIE
Concentrez qu’ils sont sur chacune de vos respirations.
(DES SILENCES)

LA DUCHESSE

LE DUC DE NORMANDIE

LA DUCHESSE

LE DUC DE NORMANDIE

LA DUCHESSE

LE DUC DE NORMANDIE
Oui.




Ω
Au risque de me faire taxer d’incohérence, voici un jet à partir de la naissance de Robert Le Diable.

Le chaudron expulse Robert Le Diable. A partir de ce moment, le voilà tourner comme un boulet rouge autour de la scène. Au fur et à mesure des cercles qu’il fera, les bandelettes dont il est affublé se délient; en fait, ceci n’est qu’un raccourcis pour montrer sa jeunesse en quatrième vitesse, jusqu’à ce qu’il entre en âge Adulte, complètement habillé chevalier et l’épée bien mise en évidence.

scène.

DES DE LA POPULACE
C’est un fils, gloire au Duc! Nous sommes sauvés! Paix et prospérité!

Son premier acte de naissance commence par renverser le chaudron pour y torturer les animaux. La nourrice? Robert la mord aux seins.
LES PARENTS
OH! il est à poil!
ROBERT LE DIABLE
C’est vous qui l’avez velu!
LA NOURRICE
Vous l’auriez pu garder plus doucement dans votre ventre, ce fils satané? Regardez comme il a ma chemise déchiré! Et mis à nu ces vieux tétons labourés par ses dents? (On l’affuble d’un cornet pour qu’il puisse téter sans mordre) Qui veut allaiter un enfant si poilu?
DES DE LA POPULACE
Cet enfant à subit quelqu’accident de la foudre pour qu’il prenne forme d’une manière si particulière.
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DES DE LA POPULACE
(On le contemple vivre, manger)
Quelle fougue! Du fourneau de sa bouche, il vous tire une épée qui abat grand repas.
ROBERT LE DIABLE
(Qui s’acharne jusqu’à la viande destinée au chien)
Non et non! Pas de quartiers pour les os!
LA DUCHESSE
Laissez-l’en-lui, sire! Notre chien est malade!
ROBERT LE DIABLE
Qu’il crève! Nourrissez-le de mes rôts!
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LE DUC DE NORMANDIE
(Voyant un moment Robert disparaître)
Où va-t-il?
LA NOURRICE
S’enfermer dans la terre parmi les taupes… Les serpenteaux…
ROBERT LE DIABLE
(Revenant)
Je reviens victorieux: j’ai tué un crapaud!
LE DUC DE NORMANDIE
Les animaux ont une âme, fils, tu leur dois le respect!
ROBERT LE DIABLE
Ce sont des créatures laides!
LE DUC DE NORMANDIE
Mais elles n’en sont pas moins divines. Toi aussi, tu es laids.
ROBERT LE DIABLE
Je sais. Et donc, j’aime voir souffrir. Aussi, je veux de la poix, du fer rouge, ou je viendrai pas au repas de fête, ce midi.
DES DE LA POPULACE
C’est un malotru, il est né sous un mauvais astre.
LE DUC DE NORMANDIE
Mon fils, on veut te faire chevalier! (a part) Si du moins, sa bravoure au combat pouvait servir à secourir d’autant mieux l’orphelin et sa veuve!
ROBERT LE DIABLE
Père, quand me permettrez-vous d’exercer le fer sur un manant? Je brûle du désir de voir du sang d’homme, pour de vrai!
LE DUC DE NORMANDIE
Mon fils, l’épée que tu portes, fut bénie par le pape, elle a la bénédiction de Dieu. Tu dois en user le tranchant avec parcimonie. Sa présence seule doit suffire à faire t trembler l’ennemi. Ce n’est pas d’un chevalier, te gaver de têtes par pur plaisir! Une épée doit relever le nécessiteux au lieu de le férir!
ROBERT LE DIABLE
Tant pis! Je prendrai une hache.
LA DUCHESSE
Oh mon époux! pardonnez!
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DES DE LA POPULACE ou LE NARRATEUR
(Paraphrasant la Nourrice)

Vous auriez pu le garder plus doucement dans votre ventre, ce fils satané?
Voyez comme il est velu!
(Robert se ramène. Des cris. Ceux de la Nourrice. Qui suit.)
LA NOURRICE
AAAHH!
LE DUC DE NORMANDIE
Quoi donc encore, Nourrice?
LA NOURRICE
C’est cet escabeau que j’ai reçu à toute volée sur la tête!… Il se plaignait de la fuite des étoiles, le matin, à l’aurore! Mais bon, j’pouvais rien faire, moi! Y voulait que je monte dessus le banc pour les décrocher et les ramener dans l’hier!
LE DUC DE NORMANDIE
Hier?
ROBERT LE DIABLE
(De la coulisse, laissant un nouvel escabeau)
Dans la tour, charogne!
LA NOURRICE
Dans la tour! Y veut qu’je monte dans la tour, maintenant!?! Est-ce que je serai plus prêts, monsieur… des étoiles?
LE DUC DE NORMANDIE
Il serait peut-être plus prêt de songer à arrêter de le nourrir! Il est temps. Ce garçon commence à vous dépasser en âge!
LA NOURRICE
Vous n’y pensez pas! Il prétend justement que vous ne le nourrissez pas assez fortement à son goût pour son âge; et que des mamelles mordillées jusqu’au sang comme les miennes lui produisent le plus bel effet dans sa bouche.
(Robert surgit avec l’épée et court vers la Nourrice)
LA NOURRICE
J’monte, Monsieur! (Elle court vers la tour. Un temps. Robert revient avec un poulet au bout de son épée.)
LE DUC DE NORMANDIE
Qu’est-ce que c’est?
ROBERT LE DIABLE
La cuisse de la Nourrice. (S’approche de ses parents pour leur faire goûter)
LES PARENTS
(Horrifiés)
Non! non!
(Robert poursuit son tour et se plante un moment fond centre pour mordre le poulet. Le lève de son épée. On réentend la Populace.)
LA POPULACE
Gloire à Notre nouveau Duc! Le Duc Robert! Le Magnifique! Longue vie! santé et prospérité!
(C’est à ce moment que Le Duc Père de Normandie meurt dans les bras de sa femme, tel Saint Joseph. Robert appelle ses acolytes, va vers le public, et passe sans un regard à son père)
LE DUC ROBERT DE NORMANDIE. LE DIABLE
Peuple! Vous m’avez plébiscité. La destinée du royaume est entre mes mains. Je ne vous décevrai pas. Seul l’amour est incompatible avec ce que je veux commettre. C’est la seule restriction. Dès lors, je réclame votre indulgence. Et non seulement je la réclame, mais je l’exige. A partir de ce jourd’hui, tout quiconque qui vit sera pendu. Bien sûr, je ne peux pas pendre tout le monde à la fois. Il faudra du temps. Aussi, ceux qui vivent encore seront pourvus à mon entretient. Je leur délègue les pleins pouvoirs afin qu’ils portent supplices, et pendent ceux qui vont les précéder dans la mort. Ca leur fera des pieds. C’est de bonne guerre. On s’habitue d’autant mieux à notre propre mort , qu’on a goûté celle de autres. Peuple! regroupeZ-vous! Unissez-vous dans les pleurs. … Et maintenant, grand besoin ai de me divertir. (Il repasse devant son père avant de se diriger vers la salle de torture; à ses acolytes) Enterrez-moi ça! (Sa mère le supplie à genoux) Ah mère, vous m’ennuyez! ça gratte! Si vous continuez de la sorte, vous aller rouvrir la blessure que je porte au côté droit et qui me fait mal! (Il sort)
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(Le Narrateur bateleur emmène une partie du public dans la chambre de torture pour venir voir comment Robert le Diable découpe ses victimes, cependant qu’une autre action se déroulera en simultanéité sur la scène de la cour du château.: La chasse à l’homme.)
LE BATELEUR
Entrez! entrez! Venez voir comment Robert Le Diable découpe les femmes et les enfants! Entrez! entrez! Nous ne condamnons personne! Il n’y a pas de honte à venir regarder. Le spectacle est fait pour vous réjouir. Un monde sans meurtre nous mènerait irrémédiablement à la faillite.